Né à l’origine dans l’ambiance saturée de petites salles de concert bordelaises, le groupe Noir Désir a d’abord, bien avant de débouler sur la scène nationale, forgé son identité sur scène.

Très vite, les salles confidentielles de leur début sont devenues trop confinées et trop étroites pour contenir la fièvre montante et débordante que dégageait et inspirait ce groupe lorsqu’il se produisait en live, emporté par son chanteur charismatique en la personne de Bertrand Cantat, qui savait mieux que personne comment électriser une foule et communier avec son public dans un tourbillon d’émotions déferlantes qui laissaient le spectateur K.O debout.

La tournée qui suivit la sortie de ce qu’on peut considérer comme leur premier véritable album, produit par Barclay, « Veuillezrendre l’âme (à qui elle appartient)« , électrique et déchaînée, emmène le groupe d’abord visiter l’Olympia avant de s’exporter et de se produire sur des scènes internationales. On y découvre  alors les transes chamaniques auxquelles se livre Bertrand Cantat en concert, ses tentatives pour  rentrer en communion avec son public, sa voix impressionnante et poussée à l’extrême, sa générosité, sa volonté de se dépouiller chaque soir pour mieux renaître le lendemain.

Le groupe continue ces intenses prestations scéniques lors de la tournée qui suit leur deuxième album, « Du ciment sous les plaines ».

Emporté par des longs riffs de guitares au service d’un rock fiévreux et tourmenté, le  groupe repousse toujours un peu plus loin ses limites et la tournée finit au bord de l’implosion, avec comme point d’orgue une série de 12 derniers concerts déchaînés joués dans une trop petite salle parisienne.

De plus en plus en osmose avec son public, qui prend la vraie mesure de l’énergie des morceaux de Noir Désir en concert, le groupe interprète les chansons qui composent Tostaky sur les chapeaux de roues. En effet, le groupe, réfractaire aux interviews, refuse d’apparaître à la télévision pour  se compromettre dans un jeu de promotion stérile qu’il vomit, et se montre d’autant plus expressif sur scène où il retrouve son « vrai » public.

Bertrand Cantat ne se ménage pas, parcourt la scène avec une intensité sauvage, enchaîne bonds et rugissements, se donne tout entier sans jamais se préserver, afin de mieux exprimer toute l’émotion, la noirceur et la révolte que dégagent les textes de l’album.

La voix de Bertrand Cantat n’y résistera pas cette fois-ci : la tournée sera subitement arrêtée en 1991  lors d’une syncope du chanteur sur scène et d’une rupture de ses cordes vocales qui sera suivie d’une opération chirurgicale.

L’album live « Dies Irae » sera le témoin de l’emballement scénique dont le groupe s’est montré capable. Enregistré pendant la tournée Tostaky Tour, le disque est un condensé du rock brut et habité que Noir Désir a produit sur scène et qu’il a appelé « Dies Irae », littéralement « Jour de Colère ».

En 1996, la voix de Cantat, rééduquée, oblige le groupe à calmer la rage scénique sans rien renier de l’intensité des performances. Des salles plus grandes permettent au groupe de rationaliser les dates, et les artistes et musiciens invités apportent des sonorités nouvelles. A Vitrolles, le groupe marque son engagement contre la mairie d’extrême droite en jouant dans une salle menacée de fermeture. D’autres concerts seront désormais dédiés à des causes politiques ou humanitaires.

Désormais, le groupe joue à guichet fermé et les salles sont combles des mois à l’avance. Des Visages et des Figures confirme le virage musical pris par Noir désir et les concerts sont plus maîtrisés : fidèle à l’âme et l’énergie des débuts, le groupe se renouvelle et s’enrichit d’orchestrations audacieuses et de reprises inédites en concert.

C’est à Evry en 2002 que le groupe donne son ultime concert privé : incantations, cris gutturaux, lumière rouge, alternance de morceaux fiévreux et apaisés.

Le concert s’achève alors qu’un voile noir recouvre la scène…